Le laboratoire Johns Hopkins de nouveau sous le feu des critiques pour sa recherche militaire
Noir et blancBALTIMORE — L'Applied Physics Laboratory (APL) de l'Université Johns Hopkins se retrouve une fois de plus au carrefour de la mission institutionnelle et de la défense nationale, alors que des appels croissants à une enquête indépendante sur ses contributions éthiques à la guerre moderne résonnent au sein de la communauté universitaire. Ce regain d'attention fait suite à des rapports concernant une frappe de missile Tomahawk de l'armée américaine plus tôt cette année, qui aurait touché une école en Iran, entraînant d'importantes pertes civiles.
Fondé en 1942 comme une initiative temporaire pour soutenir les efforts alliés pendant la Seconde Guerre mondiale, l'APL, situé à Laurel, dans le Maryland, est devenu un formidable centre de recherche affilié à une université. Bien que sa mission déclarée inclue la résolution des « défis les plus complexes de la nation » et la promotion de la découverte scientifique dans des domaines variés, de la santé mondiale aux opérations cybernétiques, sa principale source de financement reste le Département de la Défense, qui lui fournit environ 67 % de ses fonds fédéraux. Cet enchevêtrement profond avec des objectifs militaires, associé à la nature classifiée d'une grande partie de ses travaux, a longtemps posé un défi philosophique profond pour une institution mondialement réputée pour sa recherche humanitaire et en santé.
Historiquement, l'APL a été un point de friction pour l'activisme étudiant et professoral. Au plus fort du mouvement anti-guerre du Vietnam dans les années 1970, les étudiants ont vigoureusement exigé la fin du rôle perçu de l'université dans le « complexe militaro-industriel ». Les manifestations visaient à dissoudre le programme du Reserve Officers' Training Corps (ROTC), à interdire les recruteurs militaires et à réorienter entièrement l'APL vers la recherche civile, notamment en santé publique. Bien que certaines revendications, comme l'interdiction du recrutement militaire sur le campus, aient connu un succès temporaire, des changements significatifs à la mission principale de l'APL sont restés insaisissables. Cette période a reflété des mouvements similaires dans d'autres institutions de renom, notamment le MIT et Stanford, où la pression étudiante a conduit au désinvestissement ou à la réorientation des entités de recherche militaire.
D'autres manifestations ont jalonné la fin des années 1980, avec de multiples protestations entre 1986 et 1988 entraînant des arrestations pour intrusion et des rapports de contraintes physiques appliquées aux manifestants par le personnel de l'APL. Dans ce contexte, une ancienne élève de la faculté de médecine, Lucille Ann Mostello, a rédigé une lettre remarquable en 1987 à Steven Muller, alors président. Elle y soutenait que l'implication de l'APL dans le développement d'armes, y compris des contributions présumées aux armements nucléaires, contredisait fondamentalement les aspirations de l'université en tant qu'« université mondiale majeure » et son engagement à « apporter les bienfaits de la découverte au monde ».
La dernière controverse porte sur le missile de croisière Tomahawk, une arme dont le développement a commencé à l'APL dans les années 1970 et que le laboratoire a considérablement améliorée en 2002. Suite à l'incident du 28 février en Iran, où un missile Tomahawk aurait tué 175 personnes, majoritairement des enfants, un collectif de professeurs, de personnel et d'étudiants de Johns Hopkins a formellement exhorté l'administration universitaire à lancer une enquête indépendante. Ce groupe cherche à déterminer si la recherche et le soutien technique continus de l'APL pour de tels armements sont conformes aux principes fondamentaux du droit international humanitaire, notamment la distinction, la proportionnalité et la précaution. Ils ont également demandé que les conclusions de toute enquête de ce type soient rendues publiques.
Alors que l'administration universitaire a largement réitéré la déclaration de mission de l'APL en réponse aux demandes, une analyse récente émanant de l'institution Johns Hopkins souligne la dichotomie prévalente. De nombreux étudiants, en particulier ceux des domaines de l'ingénierie, restent largement inconscients des controverses éthiques plus profondes entourant l'APL, le considérant souvent principalement comme une porte d'entrée vers des stages compétitifs et un « impact concret » dans les secteurs de l'aérospatiale et de la défense. En effet, une proportion significative de diplômés en ingénierie poursuivent des carrières auprès des principaux entrepreneurs de la défense, y compris RTX Corporation (anciennement Raytheon), l'actuel fabricant du missile Tomahawk, avec qui l'APL collabore fréquemment. Cependant, des organisateurs communautaires comme Janvi Madhani, doctorante, ont explicitement présenté les activités de l'APL comme favorisant l'« impérialisme américain », exhortant les étudiants à examiner de manière critique leurs contributions à ces « technologies de guerre ». Ce débat en cours souligne les profondes questions éthiques qui continuent de remettre en question l'identité même et les responsabilités mondiales de l'Université Johns Hopkins.
À lire également
Les éditions numériques redéfinissent la consommation d'actualités
Le passage aux éditions numériques marque un tournant pour le journalisme, alliant tradition et technologie pour une portée et une accessibilité accrues.
Liban : les journalistes face à un environnement périlleux
Découvrez les défis et le tribut personnel des journalistes couvrant et vivant au Liban en temps de guerre, révélés par de récentes analyses de leur quotidien.
Vertis Driver, architecte visionnaire de l'ère numérique, s'éteint à 82 ans
Vertis Driver, visionnaire technologique, est décédé à 82 ans, laissant une empreinte indélébile sur le monde numérique. The Daily Nines revient sur sa contribu